A propos de « Par les routes » de Sylvain Prudhomme

par les routesJ’ai beaucoup aimé « Par les routes », le dernier roman de Sylvain Prudhomme. Il faut dire que l’autostoppeur dont nous parle l’auteur m’a ramené bien des années en arrière. Les années 80. A cette époque, je faisais du stop. Nous faisions du stop, devrais-je. On ne parlait pas encore de mobilité douce et autre vocabulaire  au parfum d’élections municipales. Le stop était un mode de déplacement courant, notamment pour les jeunes sans le sou ou en quête d’un peu d’aventure.

Mais au milieu des années 80, je n’étais plus adolescent, je n’étais plus vraiment jeune. J’avais pratiqué le stop à la fin des années 70, pour le plaisir, pour savoir si j’allais faire Lille-Bayonne en 24 heures ou en trois jours, pour faire partie de la communauté des stoppeurs, pouce en l’air, sac au dos. L’époque était à l’insouciance et à la légèreté.

Quelques années plus tard, le décor avait changé. Le mien en tout cas. Pendant plusieurs mois j’ai en effet pratiqué l’autostop par obligation. Je vivais alors à 500 km de Paris où je travaillais. Ma situation financière était quelque peu précaire, j’avais fini par renoncer à ma voiture et les tarifs de la SNCF n’étaient pas à ma portée.  Donc, le stop. Mais le stop dans des conditions quelque peu abracadabrantes. Ainsi le dimanche soir très tard, je quittais mon domicile pour aller me poster au bord de l’autoroute, direction Paris. Le lundi matin, j’arrivais au boulot la mine défaite, l’haleine douteuse. Je posais mon sac dans un coin et je faisais « comme si ». Le vendredi soir, j’effectuais le même parcours en sens inverse.

Pourtant, s’ils étaient fatiguants et angoissants, ces trajets m’ont aussi permis de vivre quelques moments peu communs. Très souvent, le conducteur qui m’avait ouvert sa portière me demandait après une heure ou deux de route si je voulais bien prendre le volant. J’ai toujours accepté. Un jour, ou plutôt une nuit, alors que nous approchions de Paris, mon chauffeur qui m’avait déjà raconté toute sa vie en échange de la mienne, m’a expliqué qu’il avait une autre voiture garée à Orly et qu’il devait la ramener à Paris. « Je te dépose à la bagnole, je te donne les clés et tu me suis jusqu’à Paris. Ça te va ? ». Bien sûr, cela m’allait ! J’ai donc suivi le type jusqu’à son domicile parisien où nous sommes arrivés vers 6 heures du matin. Il m’a offert un café, je l’ai salué et nous ne nous sommes plus jamais revus.

J’ai repensé à ces rencontres à la lecture de « Par les routes ». Au fil de son étonnant récit, Sylvain Prudhomme nous embarque sur les chemins de la vie. Qu’est-ce qui nous fait bouger ? Que cherchons-nous chez les autres ? Quelles traces voulons-nous laisser ? Qu’avons-nous à dire ? Nous ne pouvons sans doute pas tous être autostoppeurs – d’autant que ce n’est plus dans l’air du temps – mais nous pouvons au moins essayer de nous poser quelques questions sur notre rapport à l’autre et sur le regard que nous portons sur le monde.

Marc Capelle

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