La dernière montée

La vieille grimpe sans hâte. L’escalier de pierre est raide. Elle s’agrippe parfois à la rambarde, souffle un moment, puis repart tête baissée, son petit cabas pendu à la main gauche. Chaque matin tu vois passer cette grand-mère tout en noir. Quel âge a t-elle ? Quatre-vingts ans ? Davantage ?

La petite ville paisible, tapie au fond de la cuvette, étire ses quartiers jusqu’au sommet des collines aux rudes pentes verglacées l’hiver et brûlantes l’été. Souvent tu dois, toi aussi, monter, te hisser sur les hauteurs. Au début, c’était une épreuve. Etranger fraichement installé, tu marchais trop vite, regard pointé vers le ciel, et au bout de quelques minutes tu rendais les armes, le cœur à cent à l’heure, les jambes en coton, vaincu par cette impossible montée. Avec le temps tu as appris à grimper lentement. Les vieux et les vieilles que tu croisais chaque jour sur les trottoirs escarpés ou sur ces interminables escaliers, restaient pour toi une énigme. Comment faisaient-ils ? Avaient-ils, comme les paysans quechuas, le cœur hypertrophié pour affronter l’effort et l’altitude ? Quel était leur secret ?

Les années ont passé et tu grimpes maintenant sans souffrir. Tu aimes aller chercher les hauteurs, les nuages accrochés sur les cimes des arbres. Tu aimes te retrouver là-haut pour échapper au monde et surtout tu aimes monter sans y penser. Souvent tu te dis que tout s’arrêtera là, en pleine escalade, sur un de ces escaliers qui maintenant te sont familiers.

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