[Harcèlement à l’ESJ Lille] Twitter m’a tuer

Je reviens ici sur la journée d’hier quelque peu agitée au cours de laquelle j’ai eu l’impression de servir de punching-ball à pas mal de monde sur Twitter. Je vais essayer de remettre tout cela dans l’ordre.

Comme beaucoup, j’ai découvert il y deux jours à peine l’existence de cette Ligue du LOL, réseau créé voici une dizaine d’années par quelques jeunes journalistes férus de Twitter (des pionniers à l’époque) et qui avaient trouvé fantastique de faire circuler des blagues grosses, grasses, immondes à propos de femmes dont beaucoup étaient journalistes. Bref, une bande de petits cons. Plusieurs articles viennent d’être publiés pour résumer cette lamentable affaire (Le Monde, Libération...)

Je me suis alors fendu d’un tweet dans lequel je me suis étonné que cette affaire ne sorte que maintenant et ai posé une question : « On avait glissé ça sous le tapis ? »

C’est ce qui a déclenché l’avalanche… Nassira El Moaddem, étudiante à l’ESJ Lille en 2012 à l’époque où je dirigeais l’établissement, (elle est aujourd’hui journaliste, notamment passée par I-Télé, France 2 et la direction du Bondy Blog) s’est emparée de mon tweet pour évoquer une autre affaire sans lien avec cette Ligue du Lol (en l’état actuel de mes informations en tout cas) pour me reprocher de ne pas l’avoir traitée correctement. Toute la journée, les tweets, les retweets, les commentaires de soutien à Nassira El Moaddem m’ont cloué au pilori de Twitter. La plupart des auteurs de ces tweets ne connaissaient rien à l’affaire, mais tous avaient manifestement envie de se payer un ancien directeur de l’ESJ Lille.

Je vais donc essayer ici de vous livrer ma version des faits, pour qui voudra bien l’entendre et, surtout, croire en ma bonne foi.

En mai 2012, alors que tous les étudiants de sa promotion étaient en fin de scolarité, Nassira El Moaddem nous a fait savoir, à moi et à la direction des études, que trois étudiants venaient de lui jouer un sale tour sur le mode du canular téléphonique. Parmi ces étudiants : Hugo Clément (aujourd’hui chez Konbini) et Martin Weill (aujourd’hui chez Quotidien).

Dans une ambiance de fin de parcours et d’insertion professionnelle, ces trois étudiants avaient décidé de se faire passer pour un recruteur de média et avaient appelé Nassira El Moaddem pour fixer un rendez-vous préalable à embauche lui faisant croire à un emploi possible. Elle avait alors décelé la supercherie.

Encore une fois, les étudiants étaient en fin de parcours, l’ambiance était tendue. Il s’agissait pour toutes et tous de trouver un emploi, même précaire, quelques semaines plus tard. C’est dans ce contexte, que Nassira El Moaddem a estimé que ces trois collègues avaient tenté de la déstabiliser en la harcelant. Elle a exigé que les coupables lui présentent des excuses publiques. En accord avec la direction des études, et sur la base des éléments qu’elle nous avait fournis, nous avons décidé de convoquer les trois étudiants. L’entretien a lieu en présence de Nassira El Moaddem. Nous avons fait clairement savoir aux trois apprentis journalistes que leur comportement était inacceptable. Echange assez vif. Cet entretien ne sera pas suivi d’autres sanctions que des excuses à formuler et un rappel aux règles de savoir vivre au sein de l’école. Et c’est bien ce que Nassira El Moaddem me reproche aujourd’hui. J’ai fait savoir par écrit aux trois agresseurs (Nassira El Moaddem a publié ce mail hier) que j’estimais être en présence d’adultes et qu’il leur appartenait désormais de savoir quelle conduite adopter vis-à-vis de leur collègue de promotion. Dans un autre mail (également publié par Nassira El Moaddem qui distille ses dossiers), j’avais fait savoir à cette dernière qu’elle avait été victime d’une plaisanterie d’un goût fort douteux. C’est aussi ce qu’elle me reproche aujourd’hui : j’aurais du employer le terme de harcèlement. Sur ce point, je suis d’accord.

Sur le fond, personne de bonne foi ne peut dire que cette affaire a été ignorée par la direction de l’ESJ Lille. Dans le grand déballage du moment sur Twitter, Nassira El Moaddem affirme aussi que d’autres filles de sa promotion ont été victimes des mêmes harceleurs, mais qu’elles se sont tues. C’est possible, mais ni moi, ni la direction des études de l’époque, n’étions et ne sommes aujourd’hui au courant. Je n’avais donc en 2012, et je n’ai toujours aujourd’hui, que ce pitoyable canular téléphonique à prendre en compte pour juger de la conduite à tenir. Il me semble que ces faits-là sont sans commune mesure avec ceux que l’on découvre avec cette fameuse Ligue du LOL. Mais j’admets volontiers que Nassira El Moaddem ait pu se sentir déstabilisée par ces trois étudiants, et si je ne lui ai pas donné l’impression, en 2012, de prendre suffisamment la mesure de cela, je lui présente ici mes excuses. Mais je peux difficilement entendre que l’ESJ Lille n’a rien fait, et encore moins que cette école serait un repaire de harceleurs (cela ce n’est pas Nassira El Moaddem qui le dit, ce sont des commentateurs sur Twitter). Il faut raison garder.

La position de l’ESJ Lille

L’ESJ Lille s’est exprimée sur le sujet en décembre 2017 dans un article de Libération (Qu’est ce qu’il s’est passé entre Nassira El Moaddem et Hugo Clément sur Twitter ?). Elle y estime que « c’est un épisode pris en compte, traité et clos » et rappelle que le comportement des auteurs est «peu compatible avec le savoir-être que l’on essaie de transmettre dans cette école, autant que le savoir-faire.»

Pour rappel, le directeur des études en 2012 était Pierre Savary et il m’a succédé à la direction de l’école. Il connait donc ce dossier aussi bien que moi.

Maintenant, je suis bien convaincu que le torrent de tweets ne va pas s’arrêter avec mes quelques lignes. Les réseaux sociaux, Twitter en particulier, démontrent chaque jour leur capacité à alimenter des polémiques et à se transformer en tribunal.

A propos de la (ou des) réponse(s) à apporter : j’ai évidemment hésité avant de m’exprimer sur Twitter aux sujets des tweets de Nassira El Moaddem. Répondre, c’est prendre le risque d’alimenter la polémique et on entre très vite dans une spirale infernale. De la même façon, j’ai hésité avant de publier ce texte. Mais les mêmes qui crient aujourd’hui « au loup » pour ce que j’ai tweeté, dénonceraient demain mon silence.

Marc Capelle

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