Critique littéraire : et les livres numériques alors ?

 Il y a quelques mois mes deux romans, « Sarajéviennes  » et « Communauté internationale » ont été publiés par Le Gaulois nomade®, maison d’édition de livres numériques en français. Voilà qui m’a donné l’occasion d’observer un peu ce monde de l’édition numérique, de fouiller dans les coins, de me documenter, bref de m’intéresser à ce secteur en pleine évolution. Et je constate qu’en France on traine franchement les pieds devant ce qui est tout de même une mutation majeure. Pas de panique ! Je vais vous épargner ici un long discours sur le développement du numérique en général et celui de l’édition de livres numériques en particulier. Je laisse aussi de côté tout ce qui concerne la diffusion des livres numériques. Je vous renvoie aux nombreux experts et sites qui traitent de tous ces sujets.

Je veux mettre ici le doigt sur un seul aspect : l’absence quasi totale de critique littéraire consacrée aux livres numériques. Ce constat concerne en fait les livres édités uniquement en version numérique par des éditeurs qui, souvent, ont fait le choix d’être des pure players, et qui n’éditent donc que des livres numériques. Certains choisissent même de n’éditer que des textes originaux, inédits jusque-là, donc pas de simples versions numérisées de bons vieux livres déjà édités en version papier.

Les médias, peu avares en grands discours sur le numérique et parfois porteurs de magnifiques projets pour promouvoir les sites d’information en ligne et notamment les pure players, ne semblent pas voir (ou pas admettre) que cette révolution concerne aussi la littérature. Pour les critiques littéraires, manifestement, un livre reste un livre en version papier ! Livrez-vous à ce petit exercice : cherchez des présentations et des critiques de livres numériques dans la presse papier ou dans la presse en ligne… Bon courage ! Comment dans ces conditions, encourager la lecture numérique ? Mais veut-on vraiment encourager la lecture sur tablette (quelle que soit la tablette ! N’entrons pas ici dans le fastidieux baratin sur les bonnes et les moins bonnes tablettes, liseuses et autres écrans mobiles) ?

Cher(e)s ami(e)s critiques et chroniqueurs littéraires, savez-vous qu’il existe à ce jour plus d’une centaine de maisons d’édition de livres numériques en langue française ( notamment recensées ici) ? Certes, il y a de tout, du bon, du moins bon, exactement comme dans l’édition traditionnelle.

Le développement, en France, de la lecture numérique n’est pas seulement une question de prix du livre (ici un récent article de l’Express sur le sujet) ou de guerre entre les géants du type Amazon ou Fnac et les petits éditeurs qui aimeraient rester indépendants. Ce n’est pas non plus seulement une question de peur des libraires qui craindraient de voir leur métier disparaître (ce qui est faux !).

Le développement de la lecture numérique dépend aussi de l’importance que les médias (papier et en ligne) décident de lui accorder. On pourrait évidemment considérer qu’après tout les commentaires en ligne des lecteurs sur les sites des diffuseurs ou des éditeurs (quand cette option est proposée) peuvent tenir lieu de baromètre, mais – s’il existe – ce serait un point de vue quelque peu réducteur, pour ne pas dire méprisant, de la part de journalistes qui ont pour profession de présenter et critiquer les nouveautés littéraires.

Il y a encore un obstacle à lever pour encourager la critique de livres numériques. Les chroniqueurs et critiques ont l’habitude de recevoir, gratuitement, toutes les nouveautés du moment afin donc de pouvoir les présenter à leurs lecteurs. Il faut bien constater que pour le livre numérique, les outils manquent encore. Certains éditeurs commencent à mettre en place des systèmes qui permettent aux journalistes d’accéder aux livres. Il y a encore beaucoup à faire, mais rien qui ne soit impossible avec un peu de (bonne) volonté.

4 Comments

  1. Merci, cher Marc Capelle, de votre réflexion importante et judicieuse. J’ai publié récemment le premier tome d’un roman « Doux Jésus ! » aux éditions numériques Jepublie, où j’ai trouvé une écoute très professionnelle, du début à la fin de la fabrication du livre. Je me heurte maintenant, sans le prendre au tragique, au problème de la diffusion. Mon libraire, ouvert et sympathique, m’a offert une séance de dédicaces et un dépôt permanent de la version papier. D’autres de ses collègues rechignent, craignant de faire entrer le diable numérique dans leur librairie. Réfléchissons, il y a encore du chemin. Cordialement Jacques Lacolley

  2. Bonsoir,
    Étant moi aussi passé par le journalisme professionnel et l’expatriation dans le cadre du Ministère des Affaires Étrangères, je tombe sur ce post de votre blog. Je déplore cette absence de « critique littéraire » pour la production numérique. Après l’édition de plusieurs livres papiers (notamment chez Dunod), je suis assez désappointé avec la publication de mon polar numérique « L’Affaire Manga 3D » (un chapitre en ligne : http://www.livredelire.com/l-affaire-manga-3d-pierre-fayard/) dont l’existence reste « virtuel » sans l’accompagnement de la critique…
    Pierre Fayard

  3. Merci Marc de lancer un pavé dans la mare du conformisme ambiant.
    Il est vrai que nombre de productions numériques ne sont pas professionnelles: ponctuation défaillante, orthographe fantaisiste, ouvrages amateurs dans le mauvais sens du terme.
    Ce sont les arguments de poids avancés par les critiques littéraires, arguments destinés à masquer frilosité et conformisme: il est tellement plus facile de faire des critiques socialement utiles grâce aux renvois d’ascenseur, tellement plus agréable de recevoir sa pile (éventuellement monnayable ensuite à la revente)…
    Tandis que risquer de faire une vraie découverte, un auteur qui a échappé aux mailles grossières du système, cela exige courage, temps et honnêteté. En plus on est obligé de lire réellement le livre jusqu’au bout, n’ayant pas les points de repère habituel.

  4. Bonjour. J’ai trouvé cet article très intéressant. Parce que moi aussi j’ai un livre numérique sur le marché (et deux version papier). Et comme vous le dites si bien, il y a peu de critiques sur les livres de ce format. Sur mon blogue, je tente de critiquer la plupart de mes lectures et en ce moment, pour des raisons financières et pratiques, je ne lis que du numérique et en fait la critique – même si je ne suis pas un professionnel. C’est parfois décourageant de sortir un nouveau bouquin et de ne recevoir qu’une seule critique de ce roman. Je constate toutefois que les maisons d’éditions purement numérique gagnent lentement des adeptes. Le livre restera toujours le médium par excellence, mais il n’est pas interdit de se partager le marché entre papier et non papier. Encore merci pour cet article. Sylvain_johnson@yahoo.com
    http://ivrebook.wordpress.com/2014/09/26/le-tueur-des-rails-de-sylvain-johnson/

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